Liorac en 1835,
d'après les réponses du maire, F. Beneys
à l'enquête de Cyprien Brard.

Le préfet Romieu en poste à Périgueux depuis 1833, s'intéressait particulièrement au développement économique de la Dordogne et souhaitait faire établir une statistique générale pour ce département : il chargea officiellement Cyprien Brard de cette enquête qui devait rendre compte de toutes les activités du département.
Cyprien Brard s'attela à cette tâche de janvier 1835 à novembre 1838, date de sa mort. En effet BRARD mourut avant d'avoir mené son enquête à terme, mais s'occupa au moins très sérieusement de l'agriculture. Pour ce faire, Brard expédia aux maires des 583 communes du département un questionnaire de 122 questions.
 
Qui était Cyprien BRARD ?
Cyprien Brard n'était pas un périgourdin. Né dans l'Orne, il effectua ses études à l'École Centrale, s'y passionna pour la minéralogie, écrivit plusieurs traités scientifiques sur le sujet, dont un traitant de l'art d'exploiter les mines, une sorte de cours industriel. Il fut ensuite appelé à la direction des mines de Servoz en Savoie, puis devint l’un des concessionnaires des houillères de la Dordogne situées à St Lazare, près de Terrasson, abandonnées depuis longtemps. Le minéralogiste décida de transporter le centre d’exploitation au Lardin, sur la rive droite de la Vézère. Pendant plusieurs années, il transforma le petit village du Lardin, oeuvrant pour le bien être et l'instruction des ouvriers et de leurs familles, à tel point que les habitants demandèrent à changer son nom en « Brard-ville » (et ils reçurent l'autorisation).
Chargé de l'enquête sur la Dordogne, il n'aura pas le temps de la terminer, miné par la maladie qui l'emporta en 1838. Le projet de cette enquête était extrêmement ambitieux, et représentait un travail considérable pour un homme seul.
Brard expédia aux maires des 583 communes du département un questionnaire de 122 questions.
Les questions concernant l'agriculture sont de loin les plus nombreuses, mais celles en rapport avec l'industrie et surtout la santé publique apportent des réponses fort intéressantes.
Beaucoup de maires répondirent, avec plus ou moins de précision selon leur degré d'instruction, mais parfois aussi avec une certaine réticence, sans doute dans la crainte de voir l'imposition augmenter ! Ces réponses sont conservées à Périgueux, aux Archives de la Dordogne.


Le maire de Liorac était alors François BENEYS. Il avait reçu une bonne éducation dans sa famille : fils d'un officier de santé, il avait un frère jumeau, Jean qui devint médecin. Il avait épousé le 4 août 1830 à Liorac, Marie Armanda Etourneau Lavalette, fille de l'ancien maire et il devint lui même maire de Liorac. Il habitait Genthial, où il vécut jusqu'à l'âge de 77 ans. Il répondit avec beaucoup d'application à toutes les questions ce qui permet de donner une image assez précise de Liorac en 1835.

Il est également intéressant de faire une comparaison avec les communes voisines. Mais à quelles communes comparer Liorac ? Le choix peut se faire à la fois sur la base d'un critère de proximité et d'un critère de population et de plus, il faut que les réponses à l'enquête Brard soient disponibles pour cette commune.
Voici les différentes communes comparables à Liorac en termes de population (résultats du recensement de 1836) : Liorac 715hab. , Cause de Clérans 739 hab., Lamonzie Montastruc 905 hab., Baneuil seulement 212 habitants et les deux « villes » sur la Dordogne Mouleydier 1201 hab. et Lalinde 1923 hab. Ainsi, les communes les plus « proches » de Liorac selon tous ces critères sont Cause de Clérans et Lamonzie Montastruc. Il est également intéressant de comparer Liorac aux deux «villes» les plus proches sur la Dordogne, Mouleydier et Lalinde.

Voyons les réponses du maire de Liorac.
TOPOGRAPHIE
« La commune paraît en plaine à ceux qui y arrivent du côté du midi et sur un côteau quand on y vient du côté du nord. Au bas de la petite éminence vers le nord coule un ruisseau de l'est à l'ouest sous le nom de la Luire. Il y a beaucoup de bois de chênes et châtaigniers, le sol est sablonneux et couvert de bruyère. La terre labourable est légère et a besoin d'engrais. Il y a des carrières à pierre, mais elle ne valent rien. En revanche, la commune est couverte de pierres de grès dont on extrait des pavés pour les rues et les grandes routes. L'air y est sain. Aucune grande route ne traverse la commune qui n'a que des chemins de traverse. Les chemins vicinaux sont pierreux, boueux, et la plupart impraticables du moins très mauvais. »
L'enquête commence par une série de questions sur la topographie qui ne nous apprennent pas grand chose. Liorac n'a pas changé de place ! Mais la description que fait le maire de la commune est tout de même intéressante. Il évoque une commune agricole, en grande partie couverte de forêt, pratiquement sans voie de communication, pas de route et des chemins en très mauvais état. On trouve d'ailleurs les mêmes remarques pour toutes les communes des environs, sauf pour les communes "privilégiées" du bord de la Dordogne qui étaient traversées par la route de Bergerac à Siorac.
Le seul détail intéressant est la mention des pierres de grès, exploitées pour faire des pavés et dont on retrouve des morceaux encore aujourd'hui dans toute la forêt de Liorac.
 
Par contre la section sur l'AGRICULTURE qui suit est très détaillée et nous permet de comprendre l'énorme place du secteur primaire dans l'économie du département à cette époque.

@ Marie-France Castang-Coutou - postmaster*liorac.info (remplacer l'étoile par @)