En 1894, l'école de filles devient laïque

Longtemps les filles ne purent prétendre à la même éducation que les garçons ! Depuis la loi Guizot en 1833, toute commune de plus de 500 habitants, devait entretenir une école primaire de garçons et un instituteur.
Mais rien pour les filles ... Il faudra attendre la Loi Falloux en 1850 pour que les écoles de filles deviennent obligatoires pour les communes de plus de 800 habitants. Liorac n'en avait alors qu'environ 700 et l'école primaire de filles n'était pas donc pas une obligation.
 
Mais depuis au moins 1880, il y en avait une école de filles tenue par les Soeurs du Sacré Coeur de Jésus,
dont la maison mère se trouvait à Privas, en Ardèche. Cette école était abritée dans une maison du bourg appartenant au curé LAVERGNE de Nontron qui l'avait mise à disposition pour cet usage.

Au moment des "lois Jules Ferry", rendant l'instruction primaire obligatoire pour les enfants des deux sexes entre 6 à 13 ans (loi du 28 mars 1882), l'enseignement primaire à Liorac était ainsi partagé entre l'enseignement public géré par la commune et l'enseignement privé géré par une congrégation.
A partir de 1882 et malgré les réticences dans les campagnes, les parents furent obligés d'envoyer les filles à l'école alors qu'ils auraient préféré les voir participer aux tâches ménagères ou travailler dans les champs.
Les religieuses assuraient l'éducation des petites filles leur enseignant la lecture, l'écriture, le calcul et les travaux d'aiguille.

La soeur VIGNAL dirigeait l'école de filles. Mais cette soeur, née en 1857 à La Roque-Gageac, mourut le 13 juin 1894 à Liorac, à l'âge de 32 ans.

Que devint alors l'école de filles ?
L'école de filles aurait pu rester privée, mais le sous-Préfet vit là l'occasion d'ouvrir à Liorac une école laïque.
Il était très efficace ou du moins très bien renseigné, car dès le lendemain de la mort de la soeur Vignal, il écrivit au Préfet (voir ci-dessous) pour lui proposer à la fois :
► le nom d'une institutrice laïque, Marie FONTAYNE, dont la formation correspond à ce que préconise la loi puisqu'elle sort de l'école normale et qu'elle est titulaire du brevet et qui, de plus, sera bien acceptée puisque sa famille est bien connue et que son père est lui même instituteur à Liorac.
► et un local pour l'école de filles : le sous-Préfet propose d'utiliser comme local pour l'école de filles, le logement de l'instituteur qui n'est pas occupé, solution qui ne coûtera rien à la commune.
Donc, que des avantages à cette proposition !

Dix jours plus tard, le 23 juin 1894, l'Inspecteur d'Académie informe par lettre le Préfet de la nomination de Melle FONTAYNE, en tant que stagiaire à Liorac chargée de la direction de l'Ecole de filles, en remplacement de Melle Vignal congréganiste décédée.
L'affaire n'a pas traîné et Liorac eût donc une école de filles laïque !

14 juin 1894 Lettre du Sous-Préfet de Bergerac au Préfet (AD24, série T)
Monsieur le Préfet, l'institutrice congréganiste qui dirigeait l'école communale des filles de Liorac, Mme Soeur Vignal est décédée avant hier. J'ai l'honneur de vous proposer pour la remplacer Melle Fontayne fille de l'instituteur de Liorac, qui occupe actuellement un emploi de stagiaire à Siorac de Belvès. Cette institutrice est une ancienne élève de l'école normale et est pourvue du brevet supérieur. Elle ne possède pas encore, il est vrai, le certificat d'aptitude pédagogique mais elle pourrait, conformément à de nombreux précédents exercer à titre provisoire.
Ce choix offrirait l'avantage d'assurer sans difficulté l'ouverture immédiate d'une école laïque. La commune ne possède pas en effet ni comme propriétaire, ni comme locataire de local scolaire pour les filles. L'école que dirigeait Soeur Vignal était située dans une maison appartenant à Mr le curé de la ville de Nontron. Ce dernier avait prêté ce local à la commune à la condition que l'école serait dirigée par des Soeurs et il est à supposer que cette conditions serait maintenue. Le père de Melle Fontayne qui est propriétaire à Liorac habitant une maison qui lui appartient, le logement destiné à l'instituteur dans l'école de garçons est par suite libre. Une partie de ce logement pourrait donc être dès maintenant affectée à la tenue de l'école laïque de filles. L'école pourrait ainsi fonctionner immédiatement sans qu'il soit besoin d'attendre soit la construction d'un local spécial, soit l'issue de pourparlers toujours longs qui pourraient être engagés en vue d'une location et, les sympathies que possède dans le pays la famille de Melle Fontayne aidant, le résultat serait que nous pourrions ainsi très probablement éviter l'ouverture d'une école privée. C'est en raison de ces considérations spéciales que je prends la liberté, Monsieur le Préfet, de recommander tout particulièrement à votre bienveillante attention la candidature de Melle Fontayne. Si vous pensez que ce choix puisse être fait je vous prierai de vouloir bien hâter votre décision. Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'hommage de mon respect.

Le sous-Préfet.

@ Marie-France Castang-Coutou
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