L'autobus de Liorac

Dans sa session d'août 1919, le Conseil Général de la Dordogne décida l'organisation d'un service de transport de voyageurs et de marchandises par voitures automobiles, comprenant 17 lignes.
La ligne n°1, Le Bugue-Bergerac concernait Liorac.
 
Les Établissements Gonthier et Nouhaux 
Une convention avec Mr. Gonthier, entrepreneur à Périgueux, fut adoptée en août 1919 par l'Assemblée Départementale, et sans attendre l’approbation définitive du Ministère des Transports, l'entrepreneur mit en service une partie du réseau : 
la ligne n°1 Le Bugue - Bergerac fut ouverte le 31 octobre 1919.

Plus tard, en juillet 1927, la SARL « Établissements Gonthier et Nouhaux » prit la relève et continua à assurer le service public de transports par voitures automobiles dans toute la Dordogne, en exploitant les 17 lignes existantes et en rajoutant progressivement de nouvelles. Le réseau était subventionné par l’État et le Département. On peut retrouver dans les rapports et délibérations du Conseil Général de Dordogne les cahiers des charges et les textes des conventions passées entre le Préfet et ces Établissements.

Le trafic était important et assurait à l'entreprise des recettes conséquentes. En effet, au temps où les voitures étaient encore rares, l'autobus constituait le seul lien qui rattachait un village à la ville voisine, à ses magasins et surtout à ses marchés.
Les autobus 
Après la guerre de 14-18, le matériel roulant de l'entreprise se composait essentiellement de voitures de Dion.
Une carte postale nous montre la station des autobus devant la gare de Bergerac après la guerre de 14-18, : on y voit des autobus de Dion équipés du radiateur centrifuge à trois branches de Goudard et Menesson.
Par contrat, les bandages des roues devaient être en caoutchouc mais sur la photo, il semble qu'il s'agissait déjà de pneus.

Plus tard, les autobus de Dion furent progressivement remplacés par des Renault :
en 1927 l'entreprise possédait 13 voitures de Dion (10 de 25 CV et de 22 places, 3 de 18 CV et 16 places) et quelques voitures Renault (4 de 15 CV et 10 places, 4 de 10 CV et 11 places et 4 de 19 CV et 28 places). A ces voitures s'ajoutaient 12 remorques bâchées pour les marchandises.
Puis en 1929, le matériel roulant des Établissements Gonthier et Nouhaux comprenait 15 autobus Renault (14 de 25 CV et 30 places, et 1 de 18 CV et 18 places) et encore 4 autobus de Dion (25 CV , 22 places), avec toujours les 12 remorques.
Et en 1933, il n'y avait plus que des Renault : 16 de 20CV type M.V.S.F. et 25 places, et 8 de 17CV type M.Y. et 25 places.
Et en 1934, 15 Renault de 20CV type M.V et S.V. et 25 places et 8 Renault de 17 CV type M.Y et S.V., avec 15 places.
La ligne n°1 : le Bugue-Bergerac
Liorac a donc été desservi pendant des années par l'autobus : la ligne n°1 reliait tous les jours la gare du Bugue à celle de Bergerac, en passant par (ou près) de Limeuil, Paunat, Pradelle, puis la bifurcation vers Pezuls, Sainte-Alvère, Sainte-Foy de Longas, Saint-Marcel, Saint-Félix, Liorac, et Saint-Sauveur, soit 45,8 km.
L'autobus effectuait deux AR par jour sur le tronçon Sainte-Alvère - Bergerac et transportait bien sûr les voyageurs, mais aussi des marchandises et le courrier : l'autobus arrivait le matin à 8h à Liorac et déposait la boîte de courrier. Il revenait de Bergerac vers midi et repassait à Liorac l'après midi à 3h pour s'y arrêter de nouveau dans la soirée en revenant au Bugue.
Il s'arrêtait en bas du bourg devant la maison de Mr J.C. Gauville qui a soigneusement conservé le panneau et qui m'a permis de le photographier. Merci Jean Claude.

La ligne n°1 était très empruntée
et sa fréquentation était en augmentation constante: ainsi sur le tronçon 2AR Ste Alvère-Bergerac, la recette moyenne par autobus et par km était de 1fr81 en 1925 et de 2fr19 en 1926.
Cependant, une lettre du maire de Liorac à l'entrepreneur Gonthier montre que la ligne était saturée le samedi, jour de marché à Bergerac . En effet, par le contrat de 1928, la ligne 1 assurait 20 places pour les voyageurs et cela n'était pas suffisant.

Le problème avait été évoqué dans le rapport du Conseil Municipal de Liorac, séance du 15 Février 1925 :
Plusieurs personnes se sont plaintes que les samedis jours de marché à Bergerac, l'autobus de Ste Alvère à Bergerac est toujours au complet en arrivant à Liorac et que les voyageurs sont obligés de se tenir debout pour effectuer le trajet, tant à l'aller qu'au retour et qu'il y aurait lieu d'y apporter remède si possible.
Le Conseil, considérant qu'il est facile de remédier à cela, émet l'avis qu'il y aurait lieu de prendre la remorque tous les samedis et prie Mr le Maire de communiquer la présente délibération à Mr Gonthier, Directeur du Service des autobus de la Dordogne, à Périgueux, afin qu'il puisse donner des ordres en conséquence à son personnel.

Mr Gonthier répond le 23 février 1925 qu'il n'est pas possible d'accrocher sans danger une remorque les samedis et il en donne les raisons: « l'horaire du matin est extrêmement tendu et la marche de la voiture a atteint la limite d'une marche de sécurité. Or si je mets une remorque qui en retardera certainement l'horaire, je n'arriverai pas à atteindre la correspondance des trains du matin. Si la marche n'est pas ralentie, je crois qu'il serait dangereux d'accrocher une remorque et surtout d'y faire monter des personnes. Vous remarquerez qu'il faut que nous fassions 47 km en 1h40 malgré tous les arrêts et je peux dire qu'à l'heure actuelle c'est sur la ligne Bergerac-Le Bugue que la plus grande vitesse commerciale d'un autobus de l'importance du vôtre a été atteinte en France. Demandez à Mr le Préfet que l'horaire du samedi soit prolongé d'une vingtaine de minutes de façon à réduire la vitesse et je vous donnerai satisfaction aussitôt. Les correspondances de Bergerac ne seront pas assurées voilà tout. »
Mais il est fort probable que le Préfet n'a pas modifié l'horaire préférant que l'autobus continue à assurer la correspondance avec les trains.
La ligne d'autobus a fonctionné jusque dans les années 60 et rythmait la vie du village ! Pendant plus de 40 ans, l'autobus a constitué un trait d'union entre les villages, les gens se parlaient, transportaient ragots et nouvelles, et dans le bus, le samedi l'ambiance était animée ! Le chauffeur rendait souvent service aux habitants en rapportant par exemple les remèdes, ...
Jusqu'à ce que les voitures se généralisent et que les gens s'enferment dans leur habitacle en ignorant leurs voisins ! Le début de la mort d'un village...
Sources (sur Gallica) : Rapports et Délibérations du Conseil Général de la Dordogne, Journal Officiel
A la mairie de Liorac : rapport du Conseil Municipal
et les témoignages de Mme Gauville et de son fils que je remercie ici pour leur aide.

@ Marie-France Castang-Coutou
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