La force armée descend
la cloche de Liorac réquisitionnée

En 1793, la Patrie en danger a besoin du métal des cloches pour faire des canons. Les paroisses, devenues communes, tiennent à leurs cloches et ne manifestent guère d’enthousiasme à les livrer ! Six ans plus tard, en 1799, un détachement armé de 79 hommes, vient descendre la cloche de Liorac. La municipalité déclare ne pas avoir les moyens de la faire transporter à Périgueux, et donc la garde "en lieu sûr", promettant de la livrer au plus vite.
Mais elle est peut être restée cachée à Liorac ?
 
Le texte ci-dessous raconte les circonstances de la descente de la cloche de Liorac. Les moyens déployés, avec une force armée conséquente -79 soldats-, suggèrent la crainte de troubles parmi la population. On y apprend aussi que les Lioracois, en plus de donner leur cloche, ont dû assurer logement et subsistance pour les hommes et les chevaux!
Les Membres de l'administration municipale réunis dans le lieu ordinaire de leur séance avec le commissaire du directoire exécutif ont reçu du citoyen Lalene chef de bataillon de la 70ème demi Brigade, l'arrêté de l'administration centrale du 8 du courant portant que la cloche de Liorac sera descendue à la diligence du Commissaire du directoire exécutif pour cette administration et transporté au chef lieu du département et que dans l'objet d'assurer l'exécution du dit arrêté il sera envoyé dans ladite commune un détachement de force armée.
Il nous a présenté dans le même temps, un état du nombre effectif des hommes qu'il a sous ses ordres lequel sera au total de soixante dix neuf dont 34 hommes de la force mobile de Périgueux , 24 de celle de Bergerac, 17 gendarmes, 3 hussards et lui. De suite il a été distribué à la troupe des billets de logement chez les habitants de la commune pour y recevoir leur subsistance et celle des chevaux pendant tout le temps de leur station. L'administration municipale concerte avec le commandant de la force armée l'heure et l'exécution de l'arrête précité et chacun des soldats s'est rendu avec calme dans le logement qui leur ont été désignés.
A trois heures du soir, le commandant a réuni la troupe devant le lieu où était placée la cloche, l'administration municipale s'y est rendue et après un roulement son président a donné lecture en présence du peuple et l'ensemble du détachement réuni de l'arrêté susdit mentionné. Le signal de l'opération ordonnée ayant été annoncé, plusieurs citoyens soit du détachement de la force armée soit des habitants de la commune se sont transportés en haut du clocher d'autres ont procuré et approché les objets nécessaires. La cloche a été descendue avec la plus grande tranquillité.
L'administration municipale n'ayant pas dans le moment, le nécessaire pour le transport ordonné de cette cloche l'a consignée en lieu de sureté et va aviser aux moyens de la faire rendre incessamment.
(Extrait des Registres des Délibérations de l'administration municipale du Canton de Liorac Permanence du 11 Messidor an 7 de la République française (29 juin 1799))
La dernière phrase du rapport montre encore la réticence à faire transporter la cloche à Périgueux pour y être fondue.
Ainsi il semble qu'après l'avoir descendue du clocher les lioracois ont réussi à conserver leur cloche dans un "lieu de sureté"... Qu'est-elle devenue ? A-t-elle réintégré le clocher après la révolution? Les cloches qui ont été cachées, enterrées ou immergées, ont été souvent altérées par ces manipulations.
A Liorac, la cloche a été refondue en 1845, il s'agissait peut être de "la cloche de la révolution" qui avait échappé à la fonte !

@ Marie-France Castang-Coutou
Contact: postmaster*liorac.info (remplacer l'étoile par @)