À BELEYMAS et MONTAGNAC-LA-CREMPSE


page mise en ligne le 25 novembtre 2025


Dans la vallée de la Crempse, un des affluents de L'Isle, deux villages proches, BELEYMAS et MONTAGNAC-LA-CREMPSE sont liés par l'histoire de leurs églises toutes deux dédiées à Saint Martin.
Selon l'article de Jean-Claude IGNACE paru en 1992 dans le Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord (1992-3, p221), les églises consacrées à St Martin sont nombreuses en Dordogne (70 recensées) et sont souvent bâties sur des emplacements très anciens, essentiellement gallo-romains. "La majorité des lieux martiniens sont latins ou visigothiques. Et un grand nombre d'églises, dédiées à saint Martin, sont implantées prés d'établissements humains gallo-romains"
C'est le cas de l'église de Beleymas puisque des vestiges d'un temple gallo-romain ont été effectivement mis à jour devant l'entrée : ce temple était sans doute dédié à la déesse gauloise Belisama(déeesse guerrière du feu et des forges), dont provient le nom de Beleymas.
Par contre, pour Montagnac-la-Crempse à l'heure actuelle, seul le nom de Montagnac peut se référer à Montanius, nom d'un personnage gallo-romain, suivi du suffixe -acum, indiquant le « domaine de Montanius » (Dictionnaire des noms de lieux du Périgord, Chantal Tanet et Tristan Hordé, éditions Fanlac, 2000, p. 230.231). Mais, comme l'indiquent ces auteurs, l'archéologie gallo-romaine est loin d'avoir livré tous ses secrets pour le Périgord.


BELEYMAS :

Une petite église romane avec un clocher mur original en forme de cloche, percé d'une baie campanaire unique. A l'intérieur, un plan classique avec une longue nef jusqu'au sanctuaire terminé par un chevet plat et deux chapelles latérales formant transept.
L'intérêt de cette église réside essentiellement dans son retable baroque, dont l'histoire est assez étonnante : le maître-autel et les morceaux du retable de l'église Saint-Martin de Beleymas, réalisés au XVIIe siècle par le maître sculpteur Matthieu Le Pilleux, proviennent du couvent de la Visitation de Périgueux . Le retable avait des dimensions imposantes (environ 11m de haut sur 7 m de large selon les archives) et il fallait une très grande église pour l'abriter, ce qui était le cas dans le couvent de Périgueux.
À la Révolution, les biens de l'Eglise furent confisqués devenant propriété de la Nation, puis vendus aux enchères pour renflouer les caisses de l'Etat.
Le curé de Beleymas fit l'acquisition de l'autel et du retable du couvent de la Visitation, mais l'ensemble était trop grand pour être installé dans sa petite église. Il revendit donc deux panneaux du retable au curé de Montagnac la Crempse, qui les installa dans son église où ils sont toujours.
Ainsi, trois panneaux du retable sont répartis dans le choeur et dans les deux chapelles latérales de l'église de Beleymas et deux dans l'église de Montagnac, mais on ne sait pas comment ils furent agencés à l'origine.
Ce qui est sûr, c'est que la petite taille de l'église de Beleymas et le percement des baies dans le fond du sanctuaire empêchait d'y placer un rétable de 11 mètres de haut. Avant d'examiner en détail les panneaux dispersés du rétable, admirons tout d'abord le maitre-autel et le tabernacle.

Le maitre-autel :
Comme dans beaucoup d'églises, l'autel a été séparé du tabernacle pour que le prêtre puisse dire la messe face aux fidèles.
Le devant et parties latérales de l'autel sont composés de panneaux bleus très finement sculptés et dorés : les panneaux étroits présentent des rinceaux de feuillage. alors qu'un vase central avec un bouquet encadré de feuillage, surmonté d'une tête d'angelot à quatre ailes orne les panneaux plus larges.
Sur le fond du sanctuaire, deux satues d'anges et deux personnages (masculin et féminin), les yeux levés au ciel et les bras croisés sur la poitrine, sans doute les donateurs
 

Le tabernacle à ailes et à étages :
La partie basse du tabernacle est décorée de rinceaux de feuillage avec des fleurs, le tout extrêmement doré,
Au dessus, la porte de la niche centrale, destinée à recevoir le Saint Sacrement et ornée d'un crucifix est entièrement dorée. De part et d'autre de la porte, des groupes de trois colonnes torses. Les ailes présentent des niches séparées par deux colonnettes torses.Trois d'entre elles contiennent encore des statuettes polychromes.

à gauche Sainte Marthe (terrassant un dragon), et Saint Jean avec son évangile.
à droite , une niche vide puis la statue de Sainte Catherine (avec à ses pieds la roue brisée de son supplice).
 
Les ailes se terminent par deux colonnes et par deux ailerons à volutes dorées.
Au dessus, des niches vides peut être pour exposer des reliques, puis une petite balustrade couronne les ailes. Le tabernacle est surmonté d'un dôme à écailles dominé par un cruxifix avec Marie au pied de la Croix.
 
Les bastides de la communauté de communes
"DES BASTIDES DORDOGNE-PÉRIGORD".

Les fresques médiévales.

A MOINS DE 50 km DE LIORAC :
ALLEMANS-du-DROPT
Les magnifiques fresques de l'église Saint Eutrope à quelques km au sud du département de la Dordogne.
BANEUIL
L'église St Etienne avec sa coupole et son donjon du XIe siècle.
BANNES
Le château de Bannes.
La petite église romane de Bannes.
BEAUMONT-DU-PÉRIGORD
Beaumont, une des bastides anglaises du Périgord.
L'église fortifiée de Beaumont et sa frise historiée.
BELVES
Un village médiéval aux nombreux vestiges.
Les peintures murales de l'église ND de l'Assomption.
BESSE
L'église Saint Martin de Besse (XIe siècle)
et son magnifique portail roman.

CADOUIN
Sur les chemins de Compostelle, l'abbaye de Cadouin et son cloître exceptionnel.
CAUSE-DE-CLÉRANS
Le château de Clérans XIIe siècle.
L'église romane de Cause XI-XIIe siècles.
COUZE-SAINT-FRONT
Les moulins à papier de la Couze.
Les deux églises romanes de Couze.
LAMONZIE-MONTASTRUC
Le bourg et son église romane.
Les châteaux de Montastruc et de Bellegarde
LIMEUIL
La chapelle Saint-Martin de Limeuil consacrée en 1194, ses fresques et pierres gravées.
MONTFERRAND-DU-PÉRIGORD
Les magnifiques peintures murales de l'église St Christophe.
PAUNAT
L'église abbatiale Saint Martial de Paunat a fêté son millénaire.
SAVIGNAC-DE-MIREMONT
Le retable baroque de l'église Saint Denis de Paris.
SAINT-AVIT-SÉNIEUR
Sur les chemins de Compostelle, l'abbaye de Saint
Avit et son immense église abbatiale.

SAINT FÉLIX DE VILLADEIX
Une motte castrale.
Eglise paroissiale, chapelles Saint Nicolas et de la Peyrouse, pigeonnier.
SAINTE-FOY DE BELVÈS
Le retable Tournié de l'église de Ste Foy de Belvès a retrouvé ses dorures et peintures polychromes.
SAINT-LÉON-SUR-VÉZÈRE
L'église romane St Léonce présente encore quelques fresques.
TRÉMOLAT
L'église fortifiée Saint Nicolas avec sa file de coupoles, ses peintures murales et les restes de son monastère et l'église Saint Hilaire avec son beau portail roman sont toutes deux classées Monument Historique.
VARENNES
Le retable baroque de l'église Saint Avit de Varennes.

et bientôt d'autres coups de coeur...

Le RETABLE :

 
PREMIER ÉLÉMENT DU RETABLE

Il est situé sur le mur nord du choeur de l'église de Beleymas. Sa forme suggère que c'était sans doute le sommet du retable. Il est fait de bois sculpté, peint et doré : Le panneau représente Dieu le Père avec sa grande barbe, le Saint Esprit (la colombe) et le Coeur Sacré de Jésus adoré par deux anges à genoux. le tout sur un fond de nuages abritant plusieurs angelots.
 
Dans les chapelles latérales derrière chaque autel, il y a un grand panneau délimité par deux grosses colonnes torses, décorées de pampres de vigne surmontées d'un chapiteau corinthien et en appui sur des paneaux figurés représentant les quatre apôtres avec leur forme symboleique De grandes volutes de feuillage bordent les colonnes. Au centre, un tableau représente des épisodes de la vie de Saint François de Salles. Les devants d'autel sont décorés de feuillages. Ces deux panneaux constituent des ensembles cohérents et il est difficile d'imaginer comment ils on pu être regroupés dans un seul retable mais la réponse viendra sans doute un jour des spécialistes...
 
PANNEAU DU RETABLE DE LA CHAPELLE NORD
Le panneau central représente saint François de Salles agenouillé devant la Vierge portant l'enfant Jésus et recevant sa vocation.
Au pied des colonnes, à gauche saint Marc (avec son lion) et à droite saint Luc( avec son taureau).





PANNEAU DU RETABLE DE LA CHAPELLE SUD
Le panneau central montre saint François de Sales (alors évêque) donnant les règles de l'ordre (de la Visitation) à Jeanne de Chantal. Le devant d'autel est décoré de feuillages comme le maître autel . Panneaux figurés au pied des colonnes représentent saint Matthieu (avec un ange) et saint Jean (avec son aigle).

 


MONTAGNAC-LA-CREMPSE :

L'église de Montagnac-la-Crempse d'origine romane est également dédiée à saint Martin. Voici quelques photos de ce bâtiment : L'église présente une longue nef avec deux chapelles latérales et un épais clocher-mur avec un pignon triangulaire dans lequel s'ouvrent deux baies campanaires jumelles.
(Par Père Igor — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=40680587)

Cependant la position de ce clocher-mur est inhabituelle puisqu'il est situé contre le choeur et le maître autel de l'église, donc côté est. En effet dans leur très grande majorité les clochers-murs constituent la façade d'entrée de l'église tournée vers l'ouest.
 

Ci-contre, côté ouest l'entrée de l'église : au dessus de la porte, un grand oculus et deux ouvertures jumelles au niveau du pignon.
 
A l'interieur, au dessus de la porte d'entrée et de part et d'autre de l'oculus, les deux panneaux du rétable vendus par le curé de Beleymas à celui de Montagnac. Ces deux panneaux placés en hauteur sont difficiles à photographier et leur état de dégradation ne permet pas d'en distinguer facilement le sujet ni des détails.

Cependant, la présentation de l'Association Sauvegarde du retable de la Visitation nous éclaire sur le sujet de ces deux panneaux ;
"le panneau de gauche représenterait Jésus parmi les docteurs ou plutôt la présentation de Marie au temple : la jeune Marie gravit sous les yeux de ses parents les marches du temple en haut desquelles l'attend le grand prêtre Zacharie qui devient dès lors son tuteur"

Le panneau de droite figurerait "la visite de Marie à sa cousine Elisabeth, en présence de leurs époux respectifs, Joseph et Zaccharie".
 
 
A l'issue de ces deux visites, UNE QUESTION SUBSISTE : Saura-t-on un jour reconstituer l'ensemble de cet immense retable à partir des éléments assez disparates de ces deux églises saint Martin ?

Sources : photos personnelles
et panneaux explicatifs de l'Association de Sauvegarde du retable de la Visitation pour les Journées du patrimoine de septembre 2025.

@ Marie-France Castang-Coutou
Contact: mfcc24*liorac.info (remplacer * par @)