Le bourg de Liorac en 1846

Vers 1700, sous le règne de Louis XIV, le bourg de Liorac est peuplé et déborde d'activité : on y trouve un curé, un régent, un chirurgien, trois notaires royaux, deux clercs, un arpenteur, un peigneur de chanvre, un cardeur, trois tisserands, deux tailleurs d'habits, un sabotier, un cordonnier. En 2015, le bruit des marteaux et des métiers à tisser s'est éteint, les jeux des enfants se sont arrêtés, et il ne reste plus que quelques habitants !
Que s'est-il passé pendant ces 300 ans ?

 
Jusqu'à 1880, le nombre des habitants de Liorac oscille autour de 650 à 700 personnes ! Puis la population diminue inexorablement et, en une centaine d'années, Liorac perd plus des 2/3 de ses habitants !
Grâce aux recensements, il est possible de suivre dans le détail cette évolution : nous allons dans un premier temps nous limiter au bourg et suivre ainsi son activité pendant la période de relative stabilité (1846, 1876), puis pendant la période de forte décroissance (1901, 1931).
Le bourg en 1846 : Liorac compte 705 habitants et les 31 maisons du bourg abritent 123 personnes réparties en 42 familles. Le maire, François Beney habite Genthial, mais son adjoint Pierre LAVERGNE vit au bourg.
André LESCURE (36a) est instituteur primaire, Adrien AUCHIER (39a) est le curé en charge de la paroisse. Un garde-champêtre, Pierre LOZEILLE (59a), ex-sergent des grenadiers, assure la police rurale.

Plusieurs artisans pratiquent les métiers traditionnels du textile, du fer et du bois. On y trouve ainsi :
■ deux tailleurs d'habits: Pierre LEYGUE (58a) et Léonard DUSSOU (46a) : aucun des deux n'a appris le métier avec son père, puisque le premier était fils de Jean, journalier au Sorbier et le second fils d'Antoine, boucher au bourg.
■ deux tisserands : Jean ROUSSEL (60a) fait partie d'une vieille famille de tisserands (l'un de ses fils suit d'ailleurs ses traces) et Antoine PERRIN (29), qui était tisserand à la Raffigne, et qui vient de se marier et de s'installer au bourg.
■ un charron : Barthélémy BLEYZAC (38a), lui même fils de charron.
■ un forgeron et trois taillandiers (un taillandier est un forgeron spécialisé dans la fabrique d'outils): Guillaume LAMBERT (56a) est forgeron et son gendre Elie LAFOREST (32 a) est taillandier comme Antoine MOUYNAT (39a) et Pierre TEYSSIER (30a), dont le père fut aussi taillandier.
■ un cordonnier : Jean MACERON (67a).
■ deux menuisiers Pierre POMEYRET (36a), et Pierre ALLEMANDOU (37a) tous les deux mariés avec des filles de Liorac.
■ deux charpentiers : Henri FAUGERE (43a), Elie FILEYSSANT (57a, charpentier de moulin).
■ deux scieurs de long : Pierre CHORT (31a) marié à Marie Chadourne et Jean-Baptiste COUPAT originaire du Puy de Dôme qui a épousé Françoise Chassagne, une fille des aubergistes.

Il y avait en effet une auberge au bourg : en 1846, Jean CHASSAGNE, aubergiste, vient de mourir. Malgré le métier de menuisier qu'il a appris, Jean (31a), son fils marié à Marguerite LOUBIAT, prend la suite avec sa mère Anne Chanaud et ses deux frères.

Il y avait aussi un boulanger : Jean PRAT, né à Cause de Clérans, il habitait la Gareille, mais il vient au bourg en épousant Anne Lambert la fille du taillandier.

Le métier de carrier est toujours présent avec l'exploitation des pavés de la forêt de Liorac : Pierre DUMAS (31a) marié à Marthe Albane, Antoine VALLETON (40a), marié à Gabrielle Beaucharel et Pierre ROUSSET (36a), marié à Elisabeth Lambert, habitent le bourg.


Le commerce est représenté par Jacques BRETON et Hélène Servière qui sont marchands-colporteurs et par plusieurs femmes célibataires ou veuves qui doivent assurer leur subsistance : deux soeurs OLIVIER, célibataires (60a et 47a) sont revendeuses en mercerie, Marthe PONTERIE, veuve, et Anne BORDERIE (74a) veuve d'Antoine Chaveron, sont revendeuses, sans autre précision.

Les métiers de la terre apparaissent bien sûr dans les hameaux du village, mais on en trouve aussi au bourg : Antoine LACHARTRE (33a) jardinier, Elie DESPLAT (54a) métayer, et plusieurs veuves : Marguerite JAGUET veuve Rougier, fermière, Anne ROUSSEL (66a) veuve Coulaud, fermière, Anne MAURY, veuve Lescombes, journalière.

Ces données montrent qu'en 1846 l'activité du bourg avait un peu changé par rapport à celle qui existait 150 ans plus tôt sous le règne de Louis XIV : les tisserands qui avaient fait la force du village avaient disparu tout comme les notaires royaux qui auparavant attiraient les habitants des villages voisins, donnant à Liorac une importance certaine. On peut remarquer la présence d'une auberge et d'un boulanger ainsi que la timide arrivée d'activité professionnelle pour les femmes.

@ Marie-France Castang-Coutou
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