En 1706, une querelle pour un "droit de banc"



Il est difficile d'évaluer le nombre exact de tombes dans l'église de Liorac. Le sol était-il entièrement occupé, ou restait-il des places vacantes? Seule l'analyse des registres paroissiaux et l'étude des familles pourraient permettre de l'apprécier.
Néanmoins les enterrements avaient régulièrement lieu dans l'église et il y avait plusieurs "catégories" de places :
  • d'une part des places qui appartenaient à la fabrique, organisme dirigé par un syndic fabricien, qui gérait les droits et les avoirs de la paroisse. La fabrique disposait de tombeaux dans le sol de l'église qui pouvaient être utilisés en payant un droit.

  • d'autre part les "tombeaux de famille", des tombeaux privatifs, légalement possédés par une famille. Les emplacements étaient transmis par testament. Ce legs était parfois assorti d'une obligation d'un paiement régulier à la paroisse. L'attribution des nouvelles places se faisait en fonction de la libération des tombeaux, soit lorsque les héritiers ne payaient pas leur obole ou soit lorsque la dernière personne enterrée n'avait pas d'héritier. Les ventes de droits de tombeaux se faisaient à la fin de la messe dominicale, et les places étaient attribués au plus offrant, puis ensuite enregistrées devant notaire.
  • Certaines concessions étaient assorties d'un "droit de banc" :
    à l'origine, la nef ne comportait que le banc du seigneur, la foule des fidèles restait debout. Rappelons qu'au moment de la révolution, les bancs d'église ont constitué une marque de privilège et que beaucoup furent brûlés.
    Les bancs des autres familles étaient associés aux emplacements dans les chapelles. Le banc était placé sur le tombeau et la famille était donc installée au dessus de ses défunts, ce qui devait être sans doute assez pénible .
    Ces places étaient fort précieuses, et jalousement conservées par les familles et les "problèmes de voisinage" et d'attribution des places étaient relativement fréquents !
    Une querelle en 1706 :

    Cette histoire, enregistrée comme un acte officiel devant notaire, montre que les familles étaient très vigilantes pour sauvegarder leurs droits de tombeaux ou de banc dans l'église.
    La querelle se passe en 1706, entre deux POURQUERY, appartenant à deux branches de la même famille, qui habitaient tous deux le bourg de Liorac: Guillaume POURQUERY, avocat à la cour, et Mathieu POURQUERY, Sr de la Bernardie.

    Guillaume POURQUERY adresse, via le notaire, une remontrance au curé François Le Brun, nouvellement installé dans la paroisse. L'objet du litige concerne l'attribution d'un droit de sépulture et de bancs que Mathieu POURQUERY s'est fait concéder en tant que syndic fabricien et malheureusement cet emplacement empiète sur celui de Guillaume POURQUERY et de plus, l'empêche d'installer un banc au dessus de ses tombeaux, droit qu'il a largement "gagné" en faisant lambrisser l'église, comme son oncle, le précédent curé, le lui avait demandé dans son testament. Guillaume, en homme de loi avisé, profère même la menace d'une assignation en arrêt de querelle...
    En suivant voici le texte en l'état, avec l'orthographe et le style fleuri de l'époque et juste un peu de ponctuation pour faciliter la lecture. On ne connait malheureusement pas la fin de l'histoire...

    Aujourd'huy trantième du mois de novembre mil sept cent six, au bourg de Liorat, juridiction de Clérans en Périgord, devant moy notaire Royal soubsigné et les tesmoins bas nommés, a ésté presant me Guillaume POURQUERY, avocat en la cour, habitant du bourg de Liorat, lequel parlant et adressant ces paroles à messire Jacques françois Le BRUN, Curé de la dite paroisse de Liorat, luy a dit et remontré qu'il demeure averti que Mathieu POURQUERY Sr de la Bernardie, sindicq fabricien de la dite paroisse de Liorat, par une intelligence qu'il a pratiqué avec quelques habitans de ladite paroisse, s'est avisé de se faire concéder par les habitans un droit de sépulture et de bancs dans l'église dudit lieu, et dans un androit où il englobe partie des tombeaux dudit remontrant, ce qui ne peut se faire, parce que ils frustreraient le dit remontrant du droit de sépulture, dans l'androit dont luy et ses autheurs ont eu depuis un temps immémorial et l'empêcherait de saquérir un droit de bancs dans l'androit où il a ses tombeaux, qui ne peut lui être réfuté pour récompense du lambris que ledit remontrant a fait faire à l'eglise dudit liorat en exécution du testament de me Guillaume POURQUERY, son oncle, cy devant Curé de ladite paroisse du dixième novembre de l'année dernière retenu par GONTIER notaire Royal, et même pour faire homologuer sa prétendue concession, la faite publier dimanche dernier, au préjudice de ce que le remontrant a fait faire des actes aussi des habitans pour nommer son sindicq fabricien pour luy authoriser le titre qui ne peut lui être réfuté comme il a été dit, ce qui lui coûterait un préjudice considérable au remontrant, qui se trouverait par ce moyen frustré tant de la dépance qu'il a faite pour lesdits lambris, que du droit qu'il a toujours eu de sépulture dans le dit lieu ce qui l'oblige de sommer, comme il somme par les présentes, le dit sieur Curé de ne passer outre à la publication de ladite concession, à laquelle il déclare s'opposer, comme il s'oppose par les présentes, et proteste ou il sera passé outre de la pourvoir tant contre dedit sieur Curé que contre le dit Sr de la Bernardie, tout comme il verra bon être mesme de randre assigné le dit Sr de la Bernardie en arrest de querelle pour le trouble qu'il luy faisait dans la paisible possession et généralement de tout ce qu'il peut et doit protester dont et de tout ce que dessus ma requis acte mesme d'en laisser copie audit sieur Curé et icelle notifier audit sr de la Bernardie ce que luy ai concédé faire soubt le scel royal en parlant audit sr Curé auquel ay laissé copie du tout en presance de Jean MOULENIER, Guy MARSERON, tous deux habitans du présent bourg, témoins cognus qui ont signé avec le sieur Pourquery.
    BOUSSENOT notaire Royal


    @ Marie-France Castang-Coutou
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