Stèles,
croix de fer, de fonte ou de pierre :
un patrimoine funéraire à sauvegarder

Page mise en ligne le 6 septembre 2020         

Même si on ne connaît pas la date exacte du déplacement du cimetière, le cimetière actuel existait déjà en 1824 sur le cadastre Napoléon : on y trouve donc des tombes très anciennes.
Autrefois les tombes des familles aisées comportaient une stèle en pierre sur laquelle était gravé le nom de la famille : cette stèle était surmontée d'une croix de pierre ou plus tardivement, au mlieu du XIXe siècle d'une croix de fonte.
Les gens plus modestes posaient des croix de bois qui n'ont pas résisté au temps.
 
Il n'y a pas de concessions dans le cimetière de Liorac et les tombes non entretenues, faute de descendants de la famille, sont réattribuées : parfois alors une plaque est fixée sur la stèle ancienne occultant le nom de la famille précédente, ce qui est fort dommage !
De magnifiques croix de fonte sont descellées ou cassées faute d'entretien et il faut agir vite pour les protéger de la destruction ou de la mise à la ferraille.


Faisons à présent le tour du cimetière.

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Une grande croix en fonte d'environ 2,80 m le domine : elle indique la tombe de Louis Jean-Baptiste SAINT-AMANS curé de Liorac (45). Né en 1801 à Lunac dans l'Aveyron, fils de Jean Pierre Saint Amans et de Marie Chambert, il resta 27 ans curé de Liorac, et y vécut ensuite retiré. Il mourut à Liorac le 3 novembre 1877 à 76 ans. Sa tombe est un sarcophage de pierre avec une croix en relief sur lequel on devine encore son nom. Elle est entourée d'une petite grille de fonte.
L'achat de cette croix imposante a probablement été assuré par une souscription auprès des paroissiens. Cette croix de fonte ajourée est décorée avec des motifs géométriques et du feuillage, mais sans motif religieux (Christ ou Vierge) au centre. On ne remarque qu'une tête d'ange au bas de la croix.

Sur cette vue partielle du cimetière, plusieurs croix métalliques ou de pierre sont visibles. Examinons les de plus près.
Le plan très schématique montre une densité importante de croix métalliques , croix de fer ou de fonte (environ 1/3 des tombes, ce qui semble beaucoup plus que dans les cimetières des villages voisins). Dans la suite les numéros sur le plan permettent de localiser les différentes croix. La photographie des croix dans le cimetière s'avère difficile car il y a toujours quelque chose en arrière plan. Il n'est pas facile de placer et de tenir un panneau derrière les croix pour les photographier, aussi j'ai choisi d'utiliser un logiciel de photos pour détourer les croix : ce traitement permet de les visualiser correctement.

LES CROIX DE FER
On trouve des croix de fer faites à partir de tiges de fer à section ronde ou carrée. Ces croix sont très simples,sans décoration et seules parfois quelques lettres rappelent un nom.



de gauche à droite : tombes GUICHARD (1), RIBEYRENS-GUINOT (97), MOUYNA-RICHARD (88),
PEYRET-LACOMBE(122), CARBONNEL(68).
Il y a également une jolie croix en fer forgé beaucoup plus travaillée sur la tombe "MOUYNAT-BOUSSENOT" (11): la famille MOUYNAT était la famille de forgerons de Liorac. La croix, de fabrication locale, est ornée d' un marteau et d'une pointe et présente une inscription « SOUVENIR D’UNE MÈRE » et une date, 1884
LES CROIX DE FONTE
■ Origine des croix : Au début du XIXe siècle, le développement des connaissances métallurgiques a permis d'obtenir une fonte liquide utilisable pour la coulee de pieces de fonte. De nombreux objets utilitaires ou d'ornement furent ainsi produits par moulage : les croix funéraires en faisaient partie.
Elles étaient proposées sur catalogue par différentes fonderies d'art, essentiellement du nord-est de la France. Le développement du chemin de fer dans la deuxième partie du XIXe facilitait la livraison de ces objets lourds dans toute la France. Parfois les fonderies apposaient leur marque sur le pied de la croix, mais je n'en ai pas trouvé à Liorac. La seule façon d'identifier l'origine d'une croix est de la comparer aux catalogues des fonderies de l'époque, catalogues qui sont rares et difficiles à trouver. Seul un spécialiste, tel que Mr Pierre MARTIN qui a gentiment accepté de m'aider, peut faire cette recherche : c'est un gros travail et il faudra attendre un peu pour connaitre l'origine des croix de Liorac.

Les croix les plus fréquentes sont des croix plates ajourées (elles nécessitaient moins de matière que les croix pleines et étaient plus faciles à réaliser). Pour obtenir une croix en fonte de forme plate, on préparait d'abord un modèle sculpté dans du bois dur avec lequel on faisait une empreinte en creux dans un mélange argilo-sableux, puis le métal en fusion était versé dans cette empreinte. Il était ainsi possible de couler plusieurs exemplaires à partir du même gabarit de bois.
Les décors des croix étaient multiples : motifs géométriques, motifs floraux et bien sûr motifs religieux. Cette diversité de décors a permis aux différentes fonderies de proposer sur leurs catalogues des milliers de modèles différents : ainsi, dans le cimetière de Liorac, les croix sont presque toutes différentes, même si on retrouve les mêmes éléments décoratifs dans plusieurs modèles. On trouve des croix avec avec des motifs géométriques, du feuillage (souvent du lierre) et des fleurs, avec au centre, un Christ, une Vierge ou aucun motif. Des rayons de lumière partant du centre de la croix vers les points cardinaux indiquent le rayonnement sur le monde.Souvent deux anges ailés se trouvent au bas des croix. Les différents personnages ont été parfois moulés séparément puis fixés par soudure ou rivetage sur la croix.
■ Scellement des croix : Les croix étaient lourdes et devaient être fixées solidement sur les stèles de pierre : on creusait la pierre et on plaçait le bas de la croix dans la cavité qui était ensuite remplie de plomb liquide ou le plus souvent de soufre fondu (moins cher que le plomb). Le soufre faisait l'équivalent d'un scellement chimique en liant la pierre et le fer.

VOICI LES CROIX DE LIORAC :

En haut du cimetière, à gauche de l'allée :
La tombe ne porte pas de nom (22b) et une croix cachée par un buis échappe à l'observation. Le verso, seul entièrement visible, montre un personnage au centre avec 4 touffes de feuillage et un cartouche avec le sigle AM (Ave Maria).
Le personnage avec des cheveux longs peut être St Jean Baptiste ou la Vierge Marie (qui diffère cependant de toutes les autres trouvées dans le cimetière, en particulier par l'absence du voile sur la tête). Et pourtant, les roses symboles de Marie et le cartouche AM sont présents sur cette croix.

On trouve ensuite plusieurs croix de fonte le long du mur ouest :
◊ Famille COMTE (2) : La stèle est de forme assez inhabituelle, probablement réalisée par Jean COMTE (1843-1918) qui était tailleur de pierres : deux de pyramidions où l'on distingue des rangées de triangles (peut être des symboles maçonniques mais le triangle peut symboliser beaucoup de choses : par exemple symbole de la Trinité dans la religion chrétienne... ) et deux couronnes végétales. A l'arrière de la stèle, une main de pierre tient une couronne.
La tombe est partagée avec les CHASSAGNE, famille alliée (Pierre CHASSAGNE , boulanger, a épousé Marguerite COMTE). La stèle de la famille CHASSAGNE indique le décès des "epous" Chassagne en 1852 et 1853 (Jean Chassagne, fils de Pierre et Anne Chanaud, décédé le 7 mars 1853 et Marguerite Loubiat son épouse, décédée en décembre 1852). Une croix de fonte (2) est descellée mais en bon état, au centre un médaillon avec un monogramme IHS (Iesus Homo Salvator, Jesus Sauveur des hommes).

Un peu plus loin deux croix cassées (6 et 20) plantées dans le sol marquent les emplacements de deux tombes (peut être de la famille REVERSADE ?) : le bas de l'une d'elle (6) est resté scellé dans la stèle et l'aute a conservé son socle de pierre(20).

On trouve ensuite une grande croix de fonte (115cm) soutenue par deux arceaux (7) : un Christ occupe le centre de la croix. C'est la tombe d'une des familles CHORT de Liorac : Paul CHORT (1842-1906) époux de Jeanne Rambaud était scieur de long , leur fille Marie CHORT (1883-1926) s'était mariée avec Charles COUTOU, mon grand père (1886-1954) et ils eurent une petite fille Charlotte décédée très jeune (1913-1921).

A côté, une croix de 108cm, sans stèle (8), il n'y a donc pas le nom de la première famille,
mais une petite plaque métallique indique le nom de Jean BOISSARD (1897-1963). Son épouse Marie SARTRANT (1893-1974) y est aussi inhumée. La croix est en fonte ajourée avec des motifs géométriques mais pas de motif religieux.
A la fin de cette rangée une croix de 68 cm, cachée dans un buis desséché : sur la stèle de pierre, on peut lire "ici repose Jean BOUSSENOT". Fils de Jean et Marie CHANET, il était charron à Liorac et avait épousé Marie MOUYNAT, de la famille des forgerons de Liorac. La croix est ornée de feuillage avec une fleur au centre.

de gauche à droite : CHORT (7), BOISSARD (8), BOUSSENOT (12).


◊ Devant cette rangée : deux tombes placées côte à côte, celles des familles GAGNOU-AUBARD (17) et DUPONT (16), présentent deux croix de fonte identiques (100cm) avec au centre une Vierge ouvrant les bras et au bas de la croix deux anges ailés en prière, disposés dos à dos.

Un peu plus loin, une petite croix (45 cm) sur une stèle ancienne marque la tombe de la famille RAYNAL-BESOMBES (14) : un ciboire occupe le centre de la croix


De l'autre côté de l'allée :
LES TOMBRES DU CHÂTEAU DE CARRIEUX (27-28-29-30)
Il s'agit de 4 tombes en terre de la famille Bordier de Larue et des familles associées. A proximité de l'entrée du cimetière côté église, elles sont en partie cachées par la végétation et on ne les remarque guère, Elles sont pourtant intéressantes avec des stèles en pierre gravées avec les noms et les dates surmontées de petites croix de fonte.

Pierre Joseph BORDIER DE LARUE (1810-1889), docteur en médecine habitait Carrieux : né à Gageac le 23-03-1810, fils de Marcellin et Marie Quintin, époux de Marguerite Teyssendier, il mourut à Carrieux le 07-03-1889.
 
Marguerite BORDIER DE LARUE née TEYSSENDIER (1820-1879) née en 1820 à St Georges de Monclard, mariée avec Pierre Joseph BORDIER DE LARUE en 1840 à St Georges de Monclard, décédée en 1879 à Carrieux.

Louise Camille Marguerite Barthélemia DE LARUE (1824-1883), fille du médecin née à St Georges de Montclard, décédée à Carrieux en 1883.
Geneviève QUINTIN (1796-1870) née à Gageac en 1796 de Raymond et Marie Lebrun, célibataire, décédée à Carrieux en 1870, tante du médecin.
 
Les quatre croix de fonte mesurent entre 65 cm et 85 cm et leur motif central diffère : un ciboire et une hostie avec en dessous une grappe de raisin et des épis de blé symboles de l'Eucharistie pour le médecin 28), un coeur enflammé pour son épouse (20), et une Vierge pour leur fille (27) et leur tante (30).

► A côté, une tombe recouverte d'une dalle de marbre moderne (30) a conservé une belle croix de fonte (100 cm) : au centre un Christ.
► Un peu plus loin, une croix (89 cm) avec au centre une Vierge en prière et au pied de la croix deux anges montrant la voie du ciel (Famille MERY-MOUYNAT) (35).
► Enfin, ce qui est l'une des plus belles croix du cimetière (163 cm) (36): au pied de la croix, une Piéta, la Vierge tenant Jésus sur les genoux. Au dessus un ange rapporté tenant une couronne d'épines et au dessus quatre chérubins jouflus. La fonte a dû être émaillée car on perçoit encore de la couleur GUICHARD-CHORT). L'ensemble est d'une très grande finesse, c'est vraiment magnifique. Mr pierre Martin a identifié la provenance de cette croix : Croix N°3 de la fonderie CAPITAIN-GENY et Cie à BUSSY (Haute Marne), catalogue de 1911.

de gauche à droite : familles LACOSTE (30), MERY-MOUYNAT (35), GUICHARD-CHORT (36), détail du bas de la croix.



► Une rangée plus bas,près de la tombe du curé St Amans
TOMBE DE LA FAMILLE CHANTEGREIL-SARTRANT (52)
Une petite croix de 45 cm avec un moulage biface avec un ciboire au centre : un autre exemplaire de cette croix existe dans le cimetière (14).

TOMBE DE LA FAMILLE COULAUD-FONTAYNE : (44)
Jean FONTAYNE (1840-1922), né à Calès, fut instituteur à Liorac pendant de nombreuses années,
marié en 1867 avec Françoise COULAUD (1851-1910) de La Martigne. La tombe est couverte d'une plaque de pierre avec une stèle de pierre gravée et très jolie croix de fonte ajourée sans motif religieux (145 cm)
► Un peu plus loin, une croix (68 cm) avec un Christ au centre marque la tombe de la famille COMMIN (42).
► On trouve ensuite une très belle croix ajourée (100 cm) avec des motifs géométriques (Famille FOULQUIER (61))

►dans la partie basse du cimetière on trouve encore plusieurs très belles croix de fonte.
Les voici en vrac car il est difficile d'expliquer leur localisation à cause du plan assez chaotique du cimetière
(se reporter aux numéros du plan).

La tombe MAURY-CARBONNEL (67) possède une croix unique dans le cimetière de Liorac :
en effet c'est un des seules croix ajourées avec un moulage biface, parfaitement identique sur les deux faces. Elle présente de plus des éléments décoratifs originaux qu'on ne retrouve pas sur d'autres croix du cimetière. Il s'agit du tétramorphe des évangélistes :
en haut l'aigle de St Jean , à droite le taureau de St Luc, en bas l'homme ailé de St Matthieu et à gauche le lion de St Marc. Au centre de la croix, un Christ. Les branches de lierre qui s'enroulent sur la croix symbolisent l'attachement et l'éternité. On remarque également des épis de blé et une grappe de raisin, symboles de l'Eucharistie.
 


De gauche à droite , voici les croix des tombes des familles :
EYMARD : (113) le triangle au centre de la croix représente la Trinité
FAURE-TEILLET : (107) au centre un Christ crucifié. L'acronyme INRI, (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum : Jésus de Nazareth, roi des Juifs) est placé au-dessus du Christ et on remarque le cartouche IHS (Iesus Homo Salvator, Jesus Sauveur des Hommes, placé sur la croix.
LEYGUE : (108) au centre un Christ et un ange de face au pied de la croix,
FAURE : (82) au centre un Christ.
MOURET : (105) au centre un Christ et deux anges ailés rapportés au bas de la croix,
PARSAC : (89) la croix est très rouillée, mais on distingue encore un Christ au centre .
PROPY-THIBAULT : (55) la croix en fonte ajourée (40 cm) ne présente que des motifs géométriques.
BORDIER: (116) au centre une Vierge les bras ouverts, sur la croix un cartouche AM (Ave Maria pour la Vierge), un épi de blé et une grappe de raisin symbolisent l'Eucharistie.
sans nom : au centre une Vierge priant et au pied de la croix des capsules et du feuillage de pavot (symbolisant un passage serein vers l'au-delà ?)
DAURIAT : (98) une croix plate ajourée (86 cm) avec un Christ au centre et deux anges montrant le ciel au bas de la croix. Un deuxième Christ a été rapporté et attaché sur la croix.
PELLETINGEAS : (92) croix (90 cm) avec un Christ au centre.



Enfin, on trouve, à côté de ces croix plates ajourées, quelques petites croix pleines (d'environ 40 cm) réparties dans tout le cimetière, en voici deux exemples :
REFERENCES :
Les documents et catalogues sur les croix de fonte ne sont pas courants. Voici quelques références incontournables (accessibles sur internet):
► La Mougeotte N° 70 – Mai 2017 .
► La revue Fontes d'Art
► La Fédération normande pour la sauvegarde des cimetières et du patrimoine
► Conférence de Monsieur Pierre MARTIN
Enfin je veux remercier ici tout particulièrement Monsieur Pierre MARTIN, spécialiste des croix de fonte, qui a très gentiment accepté de regarder et de faire des commentaires sur les croix de Liorac.

@ Marie-France Castang-Coutou
Contact: postmaster*liorac.info (remplacer l'étoile par @)