L'adduction d'eau à Liorac :
un marathon de 45 ans !
I- 1913-1914 : 1ère tentative

Page mise en ligne le 11 février 2021         

En ce début du XX siècle, un vent de modernisation et de progrès souffle sur tout le pays, améliorant dans beaucoup de domaines les conditions de vie : communications, éducation, hygiène et santé. Mais les campagnes sont encore très défavorisées et beaucoup reste à faire et en 1945, encore 70% des villages ne seront pas encore alimentés en eau potable
A Liorac, des grands travaux ont été exécutés : construction du chemin de Grande Communication n°27 (la D32), construction de l'école pour lesquels la municipalité a beaucoup investi.
Outre les rembousements des emprunts nécessaires à la réalisation de ces projets, la municipalité est en charge de l'assistance médicale gratuite pour certains habitants, de l'aide aux infirmes et aux vieillards sans ressources,de l' assistance aux familles nombreuses, aux femmes en couches. Un poste important du budget grève également les finances : les chemins vicinaux. Ce n'est peut être pas le moment d'envisager un nouveau chantier. Pourtant le problème d'approvisonnement en eau est toujours aussi présent.

1913-1914 : 1ÈRE TENTATIVE
Le 24 novembre 1912, le maire Emmanuel de Raffin s'exprime devant son Conseil Municipal :
"le bourg de Liorac et les hameaux environnants étant dépourvus d'eau potable, il y aurait lieu dans l'interêt des habitants de pourvoir à ce manque de toute première nécessité. Pour cela on emprunterait les eaux nécessaires aux sources de Carrieux et de la Raffigne (en bas du côteau de la Raffigne) situées à un kilomètre du bourg et du lieu où devrait être établis les réservoirs. Il propose donc au conseil de faire faire l'examen géologique des sols et des sources pour savoir s'il y a probabilité que ces eaux soient en quantité suffisante et de bonne qualité. Le Conseil approuve et demande au préfet d'envoyer un géologue pour faire des études préliminaires. Le Conseil s'engage à payer les indemnités de vacation au géologue et à l'analyste.
MAI 1913 : ÉTUDE HYDROGÉOLOGIQUE DU PROJET (AD24 ref.12O269 )
Philippe GLANGEAUD, professeur de géologie à Clermont Ferrand a été désigné pour faire l'étude préliminaire. Né à St Dizier (Creuse), il a 47 ans et est déjà professeur à la Faculté des Sciences de Clermont Ferrand.
Il résume le problème : "Les habitants de Liorac se procurent difficilement l'eau en temps ordinaire car leurs puits ont une profondeur moyenne de 20 à 25m et ils tarissent l'été". Il commence son étude en examinant les deux sources disponibles, la source de Carrieux et celle de la Raffigne éloignées d'environ 600 m.

LA SOURCE DE CARRIEUX :
C'est une source vauclusienne c'est à dire une résurgence d'eau souterraine. Comme le montre le schéma ci-dessous (dessiné d'après les documents de la ref. 12O269-AD24), le ruisseau souterrain qui lui donne naissance traverse les terrains calcaires qui composent en grande partie le sous-sol de la commune.

Cette fontaine est très ancienne, certains disent gallo-romaine, ce qui est fort probable, mais les travaux de captage de la source ont certainement effacé toute preuve. Cette source a un fort débit, plusieurs litres à la seconde, un point favorable pour la future adduction d'eau.
Déjà à la fin du XIXe siècle, les maires successifs, Mrs Beneys, Laplace, et Jean-Chéri Lavergne avaient oeuvré pour faire construire un lavoir en dessous de cette fontaine ICI facilitant ainsi la vie des femmes qui venaient laver une à deux fois par an des tombereaux de linge : cette activité était très consommatrice d'eau et l'eau des puits n'était pas suffisante pour faire la lessive.
LA SOURCE DE LA RAFFIGNE :
Philippe GLANGEAUD note :"la source de la Raffigne est située comme celle de Carrieux dans la vallée de la Louyre, mais ici la source émerge à 1m50 au dessus de la vallée sur la rive droite et au pied des côteaux calcaires crétacés. (Le bassin d'alimentation s'étend au Nord de la source et comprend les côteaux calcaires qui s'étendent dans cette direction et qui sont couverts de bois et de champs cultivés).Elle sert actuellement à l'alimenation du village de la Raffigne qui ne possède qu'un seul puits appartenant d'ailleurs à un particulier. Les habitants de ce village sont donc obligés de faire un parcours de 2x300 mètres et d'élever l'eau de la vallée à leur village pour obtenir l'eau nécessaire à leurs besoins". (Mme Yvonne Fressange-Gauville m'avait d'ailleurs raconté que sa mère descendait tous les jours de la Raffigne jusqu'à la source et remontait deux seaux d'eau pour l'usage familial d'une journée. Avec 65m de dénivellé, la remontée devait être particulièrement pénible !)
LES CONCLUSIONS DE L'ÉTUDE
L'expert envoie ses conclusions en juillet et août 1913 : pour les deux sources l'analyse chimique de l'eau est bonne et sur le plan bactériologique on n'observe aucun microbe pathogène ni pour l'homme ni pour les animaux : dans les deux cas L'EAU EST POTABLE
Donc à l'été 1913, les études préliminaires ont été effectuées et le projet d'adduction d'eau peut être poursuivi. Le 23 novembre 1913, le Conseil Municipal reçoit les honoraires de Philippe Glangeaud pour son étude des sources de Carrieux et de la Raffigne (170 F) et de Charles Pouyaud docteur en pharmacie qui a effectué les analyses chimique et bactériologique des eaux (100 F). Les études préliminaires géologique et bactériologique étant satisfaisantes, Mrs FELLONEAU et STIPAL,ingénieurs pour l'alimentation publique du bourg de Liorac et des maisons avoisinantes et du hameau de la Raffigne poursuivent l'étude et fournissent des plans généraux, le profil en long des conduites , les dessins des prise d'eau et réservoirs de distribution

LE 28 DECEMBRE 1913 : LE CONSEIL MUNICIPAL ACCEPTE LE PROJET.
Le Maire et les Conseillers sont d'autant plus convaincus de l'utilité de ce projet que l'analyse bactériologique vient de signaler la présence du bacille de la fièvre typhoïde dans les puits du bourg. Il est donc particulièrement urgent d'alimenter les habitants en eau potable.

LE 25 FÉVRIER 1914 la Commission d'hygiène de Lalinde indique que compte tenu de la contamination des puits du bourg par le bacille de la fièvre typhoïde, la réalisation du projet d'adduction d'eau potable s'impose.

Ensuite, de nombreux courriers sont échangés entre les ingénieurs de la Préfecture, le député et le maire de Liorac.
LE 18 AVRIL 1914 l'Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées exprime quelques objections à propos des coûts :
► les prix de revient estimés à 231 F par habitant du bourg et 560 F par habitant de la Raffigne paraissent exagérés : une solution préconisée est de diminuer la capacité du réservoir de la Raffigne à 1jour1/2 de consommation , de même pour celui de Liorac. De plus, on pourrait éviter d'imposer une marque de moteur (Aermotor) et mettre en concurrence les différents fournisseurs.

Réponses : Ces prix semblent raisonnables par rapport à la difficulté du projet lié à la configuration de la commune : dénivellés importants nécessitant un moteur à vent (éolienne montée sur pylone de ciment) pour faire monter l'eau (2000 litres à l'heure) et de longues canalisations à installer dans du rocher. De plus, il est nécessaire de prévoir un réservoir suffisant pour les périodes de calme plat (il faut prendre en considération l'irrégularité et l'intensité des vents) La diminution des volumes des réservoirs ne conduiraient qu'à des économies minimes, exposant les habitants à des coupures d'eau.
L'utilisation du moteur Aeromotor dans le département a déjà donné toute satisfaction.
► seul point non évoqué dans le dossier : si les sources sont bien propriétés de la commune, "qu'en est-il des terrains sur lesquels doivent être établis les réservoirs, la base du pylone, les périmètres de protection des sources, l'emplacement du bélier et le chemin lui donnant accès " ? Faut-il lancer une déclaration d'utilité publique ( qui permet l'expropriation des terrains nécessaires)?
Réponses : : La déclaration d'utilité publique dont les formalités sont toujours longues empêcherait la commune de Liorac de participer à la prochaine répartition des subventions du Pari Mutuel et par suite retarderaient d'un an l'exécution du projet : il convient d'attendre le résultat des tentatives pour l'acquisition à l'amiable des terrains.
LE 17 MAI 1914 le maire communique à son Conseil l'état d'avancement du double projet d'adduction d'eau potable pour l'alimentation du bourg et du hameau de la Raffigne. : le Conseil estime que les dépenses ne sauraient être réduites en écartant de l'adjudication des entrepreneurs sérieux , ni de réduire la capacité des réservoirs. D'autre part le Conseil souhaite maintenir dans le devis le type de moteur à vent qui a montré dans le département ses qualités exceptionnelles de bonne marche et de rendement. Les dépenses pour le 2ème lot (la Raffigne?) s'élèveront à 32584F, le moteur ne coûtant que 2776F. Le Conseil demande donc que le projet soit maintenu tel qu'il a été présenté et qu'il soit transmis le plus vite possible pour que la commune puisse participer à la prochaine répartition des subventions de l'Etat prélevées sur le fonds du Pari Mutuel.
DONC TOUT LE MONDE EST D'ACCORD SUR L'UTILITÉ DU PROJET, RESTE À TROUVER LE FINANCEMENT :
Une demande subvention "aussi élevée que possible" est envoyée à la Commission de répartition des fonds des produits des jeux (le Pari Mutuel). Le préfet a transmis au Ministre de l'Agriculture cette demande de subvention
LE 10 JUILLET 1914 la réponse arrive à Liorac : "la subvention a été arrêtée à 52800F (financés à 50%) mais en raison de l'insuffisance des fonds disponibles la Commission n'a pu retenir comme dépense subventionnelle pour l'année 1914 qu'une somme de 20 000F , soit à 50%, 10 000F. Mais cette subvention sera annulée si les travaux ne sont pas commencés dans un délai de 3 ans, c'est à dire le 1er juillet 1917."
MAIS LA GUERRE ÉCLATE TROIS SEMAINES PLUS TARD
BOULEVERSANT LA VIE DE TOUT LE PAYS !!!
LES TRAVAUX NE POURRONT PAS êTRE COMMENCÉS AVANT LA DATE BUTOIR ET LA SUBVENTION SERA PERDUE...


REFERENCES :
► Archives Départementales de la Dordogne :
adduction deau Liorac: dossier "12O269" période 1913-1935
adduction d'eau Liorac: dossier "9W art.360", période 1944-1959
► Mairie de Liorac, rapports du Conseil Municipal pour les mêmes périodes.

@ Marie-France Castang-Coutou
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